ANDRÉ COTTAVOZ : LA MATIÈRE, LA LUMIÈRE ET LA LIBERTÉ DE PEINDRE

André Cottavoz (1922-2012) occupe une place essentielle dans l’histoire de la peinture lyonnaise de la seconde moitié du XXe siècle. Associé à l’aventure des Sanzistes, il développe rapidement une écriture très personnelle dans laquelle la peinture cesse presque d’être une simple surface colorée pour devenir une matière physique.

Paysages, plages, ports, villages, bouquets ou natures mortes sont encore reconnaissables, mais semblent parfois émerger d’une accumulation de couleurs et d’empâtements.

Cette manière très caractéristique explique pourquoi une œuvre de Cottavoz peut souvent être identifiée avant même que l’on aperçoive sa signature.

De Saint-Marcellin aux Beaux-Arts de Lyon

André Cottavoz naît le 29 juillet 1922 à Saint-Marcellin, dans l’Isère.

Attiré très jeune par la peinture et encouragé par sa mère, il entre en 1939 à l’École des Beaux-Arts de Lyon.

La Seconde Guerre mondiale interrompt brutalement cette formation. En 1942, il est requis pour le Service du travail obligatoire et envoyé en Autriche.

Après la guerre, il retrouve la peinture et participe dès 1945 à différentes manifestations artistiques.

Cette période est importante : Cottavoz appartient à une génération qui doit trouver sa place dans une Europe bouleversée alors que le monde artistique connaît lui-même une transformation profonde.

L’abstraction progresse rapidement tandis que de jeunes peintres cherchent à renouveler la figuration.

Cottavoz refuse précisément d’avoir à choisir entre tradition et avant-garde.

Les Sanzistes : « sans -isme »

À Lyon, Cottavoz retrouve notamment Jean Fusaro, Jacques Truphémus et Philibert-Charrin.

Ils sont associés à la fin des années 1940 à l’aventure des Sanzistes.

Le terme signifie en substance « sans -isme ».

Cette appellation est fondamentale pour comprendre Cottavoz.

Il ne s’agit pas de créer une nouvelle doctrine picturale venant remplacer l’impressionnisme, le fauvisme, le cubisme ou l’abstraction.

Il s’agit au contraire de revendiquer la liberté.

Le peintre peut conserver un paysage, un bouquet ou un personnage tout en utilisant librement les conquêtes de l’art moderne.

Chez Cottavoz, cette liberté va progressivement se concentrer autour de deux éléments : la matière et la lumière.

Les années 1950 : l’affirmation d’un style

La carrière de Cottavoz connaît une accélération importante au début des années 1950.

Il obtient un prix à la Biennale de Menton en 1950.

En 1952, il présente ses œuvres à la Galerie Art Vivant, boulevard Raspail à Paris, et entre véritablement dans le réseau des galeries parisiennes.

Il rencontre également plusieurs personnalités influentes du monde artistique, notamment le critique Georges Besson et Raymond Cogniat.

En 1953, il reçoit le prix Fénéon.

Cette distinction joue un rôle important dans sa reconnaissance.

Cottavoz ne peut dès lors plus être considéré comme un peintre uniquement lyonnais.

Sa carrière devient nationale puis internationale.

Quand la peinture devient presque sculpture

Ce qui distingue profondément Cottavoz est son rapport à la matière picturale.

Il utilise des couches de peinture épaisses et des empâtements puissants.

La surface n’est plus parfaitement plane.

Elle possède des reliefs.

La lumière réelle vient donc elle-même frapper la matière du tableau et accentuer les volumes créés par le peintre.

Ce phénomène explique en partie pourquoi une photographie restitue difficilement toute la force d’un Cottavoz.

Il faut souvent voir l’œuvre physiquement.

Selon la position du spectateur et l’éclairage, les reliefs captent différemment la lumière.

La peinture possède alors une dimension presque sculpturale.

Entre abstraction et figuration

L’une des particularités les plus intéressantes de Cottavoz réside dans sa position entre figuration et abstraction.

De très près, certaines parties d’une toile peuvent apparaître comme de simples accumulations de matière colorée.

Quelques pas en arrière et le sujet se recompose.

Une maison apparaît.

Puis une rue.

Un port.

Un bouquet.

Une plage.

Cottavoz n’abandonne donc pas le réel.

Il le reconstruit à travers la peinture.

Cette tension donne à ses meilleures œuvres une grande modernité.

Les paysages et le Midi

Le paysage constitue l’un des grands territoires de Cottavoz.

Il peint le Lyonnais mais voyage également beaucoup.

Le Midi de la France prend progressivement une place importante dans son œuvre.

En 1962, il s’installe à Vallauris.

La lumière méditerranéenne lui offre naturellement un nouveau terrain d’expérimentation.

Mais ses voyages l’amènent également en Italie, en Belgique et dans différentes régions européennes.

Gênes, Florence, Ostende, Anvers et de nombreux autres lieux apparaissent dans son travail.

La géographie change, mais la recherche reste la même : transformer la perception du paysage par la matière et la lumière.

Bouquets et natures mortes

Les natures mortes constituent un autre domaine important.

Chez Cottavoz, un bouquet n’est jamais seulement une étude botanique.

Les fleurs deviennent des masses colorées.

Le vase, la table et l’arrière-plan peuvent progressivement fusionner.

Dans certaines œuvres, le sujet semble presque se dissoudre dans la matière.

Les bouquets permettent ainsi au peintre de pousser très loin ses recherches sur la couleur.

Cottavoz et le Japon

La dimension internationale de sa carrière est particulièrement importante au Japon.

Sa rencontre avec Kiyoshi Taménaga contribue fortement à cette diffusion.

À partir de la seconde moitié du XXe siècle, les œuvres de Cottavoz trouvent au Japon un public de collectionneurs particulièrement réceptif.

Cette histoire explique encore aujourd’hui la présence relativement importante d’œuvres de Cottavoz sur le marché japonais.

La Galerie Taménaga a durablement participé à cette reconnaissance et a présenté ses œuvres à Paris, Tokyo et Osaka.

Gravure, lithographie et céramique

Réduire Cottavoz à ses huiles sur toile serait également incomplet.

Il développe une importante activité graphique et réalise lithographies et gravures.

À Vallauris, il s’intéresse aussi à la céramique et travaille notamment avec le céramiste Roger Collet.

Cette diversification est caractéristique de nombreux artistes de la génération d’après-guerre qui refusent d’établir une frontière absolue entre peinture, estampe et arts du feu.

Cottavoz dans les collections publiques

La reconnaissance institutionnelle de Cottavoz dépasse largement Lyon.

Ses œuvres sont signalées dans différentes collections publiques françaises et étrangères, notamment à Paris, Turin et au Japon.

Cette présence muséale est importante pour comprendre sa place : Cottavoz appartient à l’histoire de la peinture figurative française de l’après-guerre et non à la seule histoire artistique régionale.

Le marché d’André Cottavoz

Le marché de Cottavoz est relativement abondant.

De nombreuses peintures, œuvres sur papier et estampes apparaissent régulièrement aux enchères.

Mais cette abondance signifie également que tous les Cottavoz ne se valent pas.

Une lithographie, une petite œuvre sur papier et une importante huile sur toile très matiériste appartiennent à des catégories de marché radicalement différentes.

La période joue également un rôle.

Les œuvres dans lesquelles la matière est pleinement maîtrisée et où le style immédiatement reconnaissable de Cottavoz s’affirme possèdent généralement davantage d’intérêt.

Les résultats disponibles montrent un marché actif en France mais également à l’étranger, notamment au Japon.

Comment estimer un Cottavoz ?

Pour analyser une œuvre, il faut examiner conjointement :

la technique : huile, gouache, dessin, lithographie ou céramique ;

la période : certaines décennies sont particulièrement représentatives de son évolution ;

le format : les grandes huiles ambitieuses disposent naturellement d’un potentiel différent des petits formats ;

le sujet : paysages, Méditerranée, ports, Paris, bouquets et natures mortes ne rencontrent pas nécessairement la même demande ;

la matière : une peinture caractéristique de son travail d’empâtement possède généralement davantage d’intérêt ;

la provenance : Galerie Taménaga, Art Vivant ou autre provenance documentée ;

l’état : la matière très épaisse nécessite une attention particulière aux soulèvements, fissures et restaurations ;

la bibliographie et les expositions : une œuvre publiée ou exposée acquiert une histoire supplémentaire.

La signature seule ne suffit jamais à déterminer la valeur.

Pourquoi Cottavoz demeure important

Cottavoz démontre qu’il était possible, après 1945, de rester attaché au réel sans revenir à une peinture académique.

Il ne choisit ni l’abstraction totale ni le réalisme traditionnel.

Il transforme le sujet par la matière.

C’est cette position singulière qui lui donne sa place dans la peinture française du XXe siècle.

À découvrir également

Retrouvez notre dossier principal : L’École lyonnaise de peinture au XXe siècle : artistes, histoire et héritage, Les peintres lyonnais du XXe siècle : une identité artistique entre tradition et modernité ainsi que nos articles consacrés à Jean Fusaro, Jean Couty et Jacques Truphémus.

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