JEAN COUTY : PEINDRE LYON ET TÉMOIGNER DE SON SIÈCLE

Jean Couty (1907-1991) est probablement l’un des artistes les plus immédiatement associés à Lyon au XXe siècle.

Il peint la ville, ses quais, ses églises, ses ponts, ses quartiers, ses chantiers et ses habitants.

Mais limiter Couty à Lyon serait une erreur.

Sa carrière parisienne, ses distinctions, les acquisitions publiques et ses nombreuses expositions permettent de le replacer dans un ensemble beaucoup plus vaste : celui de la peinture figurative française du XXe siècle.

Une vocation précoce

Jean Couty naît à Lyon le 12 mars 1907.

Très jeune, il dessine notamment les bateaux et les pêcheurs.

À quinze ans, une rencontre importante oriente sa formation : celle de Tony Garnier.

L’architecte lui conseille de suivre les cours des Beaux-Arts de Lyon.

Couty s’oriente d’abord vers l’architecture.

Il travaille dans l’environnement de Tony Garnier et suit une formation architecturale particulièrement solide.

Cette origine explique probablement une partie de son extraordinaire sens de la construction.

Chez Couty, une ville n’est jamais un simple décor.

Les bâtiments ont un poids.

Les églises structurent le paysage.

Les ponts organisent l’espace.

De l’architecture à la peinture

Tony Garnier l’encourage finalement à privilégier la peinture.

Couty conserve pourtant toute sa vie quelque chose du regard de l’architecte.

Cette particularité devient évidente dans ses vues de Lyon.

Les masses urbaines sont solidement construites.

Les verticales et horizontales organisent les compositions.

La ville semble presque posséder une ossature.

Lyon : un sujet majeur

Couty peint abondamment sa ville.

L’Île Barbe constitue l’un de ses sujets les plus emblématiques.

Mais on retrouve également Fourvière, Saint-Jean, les quais de Saône, les ponts, Vaise et de nombreux autres lieux.

L’intérêt de ces œuvres dépasse aujourd’hui la seule peinture.

Elles constituent une mémoire de Lyon.

Certaines montrent des paysages urbains transformés ou disparus.

D’autres permettent de retrouver une atmosphère de la ville aujourd’hui perdue.

Les hommes et le travail

Couty n’est cependant pas seulement un peintre d’architecture.

L’homme constitue un autre grand sujet de son œuvre.

Ouvriers, travailleurs, personnages anonymes et figures rencontrées au cours de ses voyages apparaissent régulièrement.

Cette dimension devient particulièrement importante après la guerre.

En 1949, Couty rejoint le groupe L’Homme témoin, créé autour de Bernard Lorjou.

La volonté de replacer l’être humain au centre de la peinture correspond parfaitement à ses préoccupations.

Katia Granoff et Paris

La rencontre avec la galeriste Katia Granoff joue un rôle essentiel.

Elle lui consacre une exposition personnelle dans sa galerie parisienne dès 1945.

Couty exposera ensuite pendant plusieurs décennies dans son environnement.

Paris devient donc une seconde scène essentielle à sa carrière.

Dès 1936, il participe au Salon des Indépendants ; il expose ensuite au Salon d’Automne, au Salon de Mai et aux Peintres Témoins de leur Temps.

Le Grand Prix de la Critique

En 1950, Couty reçoit le Grand Prix de la Critique de Paris, partagé avec Jean Le Moal.

Cette distinction constitue une étape majeure.

L’État acquiert plusieurs œuvres.

Jean Cassou fait entrer une grande composition de Couty au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris.

La reconnaissance est désormais nationale.

Voyages et découvertes

Couty voyage beaucoup.

L’Italie joue notamment un rôle important.

Il découvre et admire profondément Masaccio et Piero della Francesca.

En Hollande, il est marqué par Rembrandt.

Ses voyages ne le détournent pas de son identité mais enrichissent sa manière de construire la figure et l’espace.

Amsterdam, Venise et d’autres villes viennent ainsi rejoindre Lyon dans son répertoire.

Les églises romanes

À partir des années 1950, Couty développe également un important ensemble consacré aux églises romanes.

Auvergne, Bourgogne, Brionnais et différentes régions françaises lui offrent un nouveau terrain.

L’architecture rejoint ici une autre préoccupation essentielle de son œuvre : la spiritualité.

L’église est à la fois bâtiment, monument historique, construction de pierre et lieu sacré.

Tout l’univers de Couty peut ainsi s’y rejoindre.

Une peinture témoin de son époque

Couty revendique une peinture capable de témoigner.

Le monde moderne, le travail, la religion, la ville et les transformations sociales constituent autant de sujets dignes d’être peints.

Cette démarche explique son association avec les Peintres Témoins de leur Temps.

En 1975, il reçoit d’ailleurs leur Grand Prix.

Expositions et reconnaissance internationale

La carrière de Couty ne se limite pas à Lyon et Paris.

Il participe à des manifestations à Ottawa, Athènes, Genève, Gênes et dans de nombreux autres lieux.

En 1948, il est notamment présent dans une exposition collective au Whitney Museum de New York.

Il expose également aux côtés de grands noms de l’École de Paris.

Ces éléments permettent de mesurer l’écart entre la perception parfois régionale actuelle de Couty et la réalité historique de sa carrière.

Couty dans les musées

Ses œuvres sont présentes dans de nombreuses collections publiques françaises.

Le Musée d’Art moderne de Paris, le Centre Pompidou, le Musée des Beaux-Arts de Lyon, le musée Paul-Dini et différentes institutions françaises conservent des œuvres de Couty.

À Lyon, le Musée Jean Couty, créé par son fils Charles Couty et ouvert en 2017, possède un fonds particulièrement important de peintures, œuvres sur papier, archives et documents personnels.

Cette présence institutionnelle constitue un atout majeur pour la pérennité de l’artiste.

Le marché de Jean Couty

Le marché de Couty est particulièrement intéressant à analyser car le sujet influence fortement l’attractivité des œuvres.

Une nature morte, un dessin, une église romane et une importante vue de Lyon ne touchent pas exactement le même public.

Les œuvres lyonnaises bénéficient d’une demande locale naturelle.

Mais certaines possèdent également un intérêt patrimonial qui dépasse le marché régional.

Les bases de ventes publiques recensent plusieurs centaines de résultats, avec des œuvres de Lyon, de l’Île Barbe, des églises, des intérieurs, des paysages et des natures mortes apparaissant régulièrement aux enchères.

Quels Couty rechercher ?

Pour un collectionneur, plusieurs catégories méritent une attention particulière :

les vues importantes de Lyon ;

l’Île Barbe ;

Fourvière et Saint-Jean ;

les grandes compositions humaines ;

les œuvres des années de reconnaissance nationale ;

les églises romanes particulièrement réussies ;

les tableaux documentés par une exposition ou une provenance importante.

La période, la qualité et le sujet doivent toujours être considérés ensemble.

Comment estimer un Couty ?

L’examen doit porter sur :

la date ;

les dimensions ;

le sujet ;

la technique ;

la qualité de composition ;

la provenance ;

les étiquettes au revers ;

les expositions ;

la bibliographie ;

l’état de conservation.

Une vue de Lyon n’est pas automatiquement majeure parce qu’elle représente Lyon.

Il faut également regarder la puissance de la composition, la qualité picturale, la période et la rareté du sujet.

À l’inverse, une œuvre moins immédiatement commerciale peut posséder une importance historique considérable.

Pourquoi Couty demeure essentiel à Lyon

Couty a peint la ville pendant plusieurs décennies.

Ses œuvres permettent donc d’observer Lyon à travers un regard artistique mais aussi à travers le temps.

Il ne peint pas seulement les monuments.

Il peint une ville habitée.

Une ville qui travaille.

Une ville qui construit.

Une ville qui change.

C’est cette dimension humaine qui transforme son œuvre en véritable témoignage du XXe siècle.

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